Semanas Franco‑Uspianas 2025

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Agora eu posso dizer: eu sou mais especialista nos bairros populares do que qualquer um!

14:00 - 14:30 Autor(es) : Anaïk Purenne

La recherche participative, qui tend à s'imposer comme nouvelle manière de produire des connaissances dans un certain nombre de pays, constitue un label un peu fourre-tout pour désigner une grande diversité de pratiques. Pour autant, on observe ces dernières années des tentatives de « mise aux normes » de ces pratiques. Un horizon décrit comme idéal est aujourd’hui la participation de toutes et tous à l’ensemble des phases de l'enquête, de la définition de la question à l’analyse, en passant par le travail de terrain. Et des guides de bonnes pratiques méthodologiques sont à l’étude pour académiser la perspective… Dans le cas d'une recherche appelée PoliCité conduite de 2016 à 2021 et portant sur les contacts répétés avec la police dans les quartiers populaires multi-ethniques en France et au Québec, les jeunes avec qui j'ai réalisé l'enquête ont d’abord rejeté l’idée de n’être « que » des enquêteurs. Puis, après la réalisation d'une cinquantaine d'entretiens avec des « publics-cibles de la police », ils n’ont pas exprimé le souhait de participer directement à l’analyse et à l'écriture de la recherche, vues comme « un travail de chercheur ». De telles limites sont fréquentes dans les recherches participatives qui apparaissent ainsi éloignées de l’espoir de croisement ou de rapprochement entre savoirs experts et profanes. Dans ce cas, les deux types de savoirs ont suivi une voie parallèle : d’un côté la production de savoirs scientifiques déployée sur une temporalité longue et un format souvent hermétique aux métissages ; de l’autre le développement de savoirs pour l’action, ouvrant sur des processus d’engagement militant ou le renforcement du sentiment d'être des experts de l’environnement institutionnel ou politique. Ce qui montre que les enjeux scientifiques de production de connaissances ne constituent pas le seul enjeu des recherches dites participatives, la participation à l’enquête pouvant aussi viser à accroître leur possibilité d'agir des chercheurs-pairs. Pourquoi serait-il problématique de laisser les co-chercheurs définir par eux-mêmes les modalités de leur participation et ce qu'ils en attendent ? Quelle légitimité à l’inverse aurait l’Université à définir « la » bonne participation ? L’enjeu est bien de ne pas reproduire les rapports de domination qu'on cherche précisément à atténuer.